AMOUR, PEINE ET TOUT LE TRALALA (12/10/2003)
Andrea Corr est la " talk on corners " depuis presque dix ans. Son talent et sa beauté ont fait d'elle une star mondiale. Mais, sous cet éclat, se cache une jeune femme captivante. La chanteuse des Corrs s'est confiée à Barry Egan.
Andrea Jane Corr se souvient de la toute première fois où elle a entendu quelqu'un chanter. C'est aussi la première fois que sa mère Jean était sur scène :
" Ce qui est drôle, c'est qu'elle était enceinte de moi, nous dit-elle. Elle portait une tenue très large. J'étais à l'intérieur et j'écoutais. "
Installée sur un somptueux canapé de l'hôtel Four Seasons à Dublin, la chanteuse aux yeux soulignés de khôl sirote un Ballygowan et essaie de deviner si sa mère lui chantait un morceau des Carpenters, des Eagles ou d'ABBA.
[...]
Bien avant que les goûts du public et la beauté des membres des Corrs ne coïncident pour donner le triomphe de Talk On Corners en 1998, la vie était dure pour le groupe.
Andrea avoue : " Etant la plus jeune, je me sentais probablement protégée. Je n'ai pas eu à décider que c'était vraiment ce que je voulais faire. Je ne me suis pas dit : 'Je veux chanter pour ce groupe !'
Je pense que c'est venu comme ça ; c'était la bonne décision. Si je voyais quelqu'un faire ce que nous avons fait, je lui dirais : " Mon Dieu ! " Je m'inquièterais pour cette personne. Si j'avais des gamins et qu'ils sortent pour faire la même chose, je serais vraiment inquiète. "
Avec le recul, elle dit que parfois elle n'arrive pas à le croire. Selon elle, leur confiance était presque stupide : " 'Qu'est ce qui vous a fait croire que vous pourriez vendre tous ces albums dans le monde et devenir aussi populaire ?', mais on l'a fait, nous dit-elle avec fierté.
" Même lorsque ça allait pour le mieux, nous savions par expérience que certaines maisons de disques faisaient semblant d'être intéressées, alimentaient notre espoir, puis ne nous rappelaient pas. On doit croire en soi et c'est ce que nous faisions. John Hugues était très optimiste et dynamique et les contretemps ont transformé tout cela en vrai défi. Ils sont toujours là. La situation ne sera jamais vraiment aisée et c'est ça qui est bien. "
Comment se sent-elle maintenant que tout le monde connaît son visage partout où elle va ?
" J'ai passé mon adolescence ainsi. J'avais 15 ans quand j'ai commencé ma carrière. J'ai totalement changé devant les caméras. "
Le flash agaçant des paparazzi fait partie de sa vie depuis des années. On lui a inventé (ce qui est ridicule plutôt que romantique) des relations avec tout le monde, de l'ex-manager des Spice Girls, Simon Fuller à Huey (Fun Lovin' Criminals) en passant part Robbie Williams. Lors du récent concert des Rolling Stones à Dublin, Andrea a chanté la chanson Wild Horses en duo avec Mick Jagger. Certains s'en sont donnés à c½ur joie.
Selon une rumeur, Mick aurait appelé Andrea pour lui demander de sortir avec lui, invitation qu'elle aurait poliment déclinée. Ne se laissant pas décourager, Jagger aurait continué de l'appeler pour voir s'ils pouvaient souper ensemble. Elle aurait simplement arrêté de répondre au téléphone lorsque le numéro de Jagger s'affichait.
Elle s'explique : " Le coup de Mick Jagger au téléphone et tout le reste, c'est complètement faux. En fait, ça a été encore pire pour Mick. Ils l'ont ridiculisé, ce qui est injuste. Cette histoire est fausse. C'est affreux la façon qu'ont les journaux de rendre les choses. "
Elle avoue que chanter avec les Stones, c'est génial. L'adrénaline n'a pas manqué lorsqu'elle est entrée sur scène avec des bottes en cuir à hauteur de genou. " Je ne m'étais pas trouvée face à un public depuis longtemps. C'était donc très intimidant. J'étais venue interpréter une seule chanson. C'était la surprise, car les spectateurs ne savaient pas que j'allais le faire. J'avais seulement appris la chanson le jour même. J'ai un très grand respect pour les Rolling Stones et je voulais ne pas les faire regretter de m'avoir invitée au point qu'ils se disent : 'Mon Dieu, c'était une erreur.' Quand on a du respect pour des personnes qui font la même chose que soi, on se fait une règle d'être bon. "
Andrea avait sept ans lorsqu'elle a chanté pour la première fois sur scène, pour une représentation scolaire de La Princesse (The Princess). Elle se souvient que les filles de 6ème dans l'assemblée s'épuisaient à réciter leur rôle. Comme personne n'auditionnait, on lui a donné le rôle de la princesse : " Lors des répétitions, je devais chanter, et c'était accablant pour moi. "
Son professeur, Elizabeth O'Donoghue, l'a pris à part rapidement : " Je pleurais et j'étais effrayée. Elle m'a dit que j'en étais capable et je l'ai fait. Maman et papa étaient au premier rang cette après-midi-là pour me voir, dit-elle. "
Ses longs cils battent comme les antennes sur le dos d'un coléoptère. Ses yeux sont ailleurs, perdus dans une rêverie. Elle raconte qu'un soir, récemment, elle s'est assise avec son père Gerry, dans la maison familiale de Dundalk pour regarder des vieilles vidéos de Jean, sa mère décédée.
" Papa les avait déjà visionnées et m'en avait parlée. Nous nous sommes rendus compte en les regardant que c'était vraiment bien pour nous parce que cela redonnait de la vie à maman plutôt que d'avoir un souvenir de la mort.
La vie normale, c'est ce que tout le monde considère comme acquis avec ses parents. La mort devient tellement importante qu'on en arrive à oublier la joie de vivre qui existait avant. Sur ces films, elle était vraiment heureuse. "
Sur ces films granuleux, Andrea s'est regardée se préparer avec son frère et ses s½urs pour leur premier concert : répétitions dans un garage. Elle s'entend discuter avec ses s½urs de ce qu'elles vont porter : " Maman était là et tous les rires, l'intimité et les plaisanteries étaient incroyables à regarder.
Nous avons une vidéo sur nos vacances à Malibu, près de la piscine. J'avais mis les vêtements de papa et Caroline, ceux de maman. Nous les imitions. Elle disait toujours : 'Je suis vraiment ravie de cela Gerry.' Tout l'enchantait. Autre chose : nous étions sur un bateau et c'est tellement drôle d'entendre votre mère dire votre nom : 'Où est Andrea ?'. Des choses comme ça peuvent être très touchantes.
C'est étrange, mais ça m'a rendue plus heureuse parce qu'elle était très heureuse et que c'est la vie. C'est comme ça. Lorsqu'un de vos proches meurt, la mort ressemble à un affreux cauchemar. Ça reste dans votre esprit tout le temps : la mort, le combat, son dur combat pour survivre.
Mais, sur ce caméscope, tout semble très heureux. C'était bien de regarder ces films. Maintenant, dans mes rêves, je la vois vivante. "
[...]
" J'ai vraiment le sentiment qu'elle est là tout le temps, nous dit maintenant Andrea. J'y crois absolument. Elle fait partie de notre monde. Je crois vraiment qu'elle me guide. "
Il y a deux ans, Sharon Corr était en vacances aux Caraïbes lorsqu'elle dit avoir aperçu une femme de l'autre côté du spa de l'hôtel. Elle a su que sa mère était en elle. Elle a remarqué que la femme " avait tous les tics de ma mère. "
" C'est vraiment étrange qu'elle ne soit plus là, dit-elle et elle ajoute : Il y a quelque chose que je déteste. Si notre amour et notre c½ur sont censés nous accabler, il y a aussi cet élément : pourquoi ne me suis-je pas complètement effondrée ? Pourquoi est-ce que je continue à vivre tous les jours comme je le fais ? "
La raison pour laquelle Andrea Corr ne s'est pas laissée abattre, c'est, selon elle, sa foi et sa prise de conscience de la vie en tant que trésor : " Maman voyait la vie comme un cadeau. La sienne est partie et je ne vais pas gâcher la mienne. Elle ne l'a pas fait, elle ne l'aurait pas voulu. C'est pour ça, certainement que je suis optimiste de nature. Ma foi, c'est une partie fondamentale de ma personnalité. "
Pour elle, si l'on agit bien, qu'on suit sa lumière, qu'on ouvre les bras et qu'on se laisse guider, tout ira bien. Peu importe ce qui arrive. Andrea croit en quelque chose de plus important que ça. Elle croit que nous avons tous nos bons et mauvais jours mais que la vie est extrêmement précieuse. Alors, elle vit en respectant cette règle.
En pensant à une blague qu'elle pourrait me raconter, la voilà qui se met à rire très fort. Son rire traverse le hall de l'hôtel et fait sursauter les américains polis qui sirotent leur thé à la table à côté de la nôtre.
" Grand Chef est constipé, commence-t-elle, et il dit au docteur : 'Grand Chef pas péter.' Le docteur répond : 'Ne vous inquiétez pas. Prenez ces cachets et tout ira bien. Appelez-moi dans une semaine.' Une semaine plus tard, le chef est cramoisi. 'Grand Chef pas péter.'
Le docteur dit : 'Prenez ce seau rempli de cachets.' Deux semaines plus tard, il entre dans le cabinet en boitillant, tout enflé : 'Grand Chef pas péter.' Le docteur lui donne un chargement de cachets. Après un mois, le docteur se demande comment va le chef indien. Une petite femme entre dans le cabinet et dit : 'Grand Chef péter, plus de chef !' "
En août 2002, Caroline Corr a épousé à Majorque le promoteur immobilier basé à Dublin, Frank Wood. Bono et the Edge faisaient partie des invités. L'année précédente, au mois de juillet, Sharon Corr avait épousé l'avocat de Belfast, Gavin Bonnar. Toujours célibataire, Jim Corr s'amuse avec tout un tas de jeunes femmes brillantes. Pendant ce temps, Andrea connaît une relation heureuse avec le jeune acteur britannique Shaun Evans.
Selon elle, les membres des Corrs se sont tous un peu calmés avec le temps. La vie de Caroline a radicalement changé, dit-elle, après être devenue la mère d'un petit garçon. Selon Andrea, " elle est satisfaite. Elle est vraiment heureuse. On le voit quand quelqu'un a un enfant. " Andrea se souvient de l'avoir vue sortir directement de scène lors de l'anniversaire de Nelson Mandela en Afrique du Sud et " de retour à notre table, elle a immédiatement commencé à allaiter son bébé.
Ensuite, lorsque la chanteuse d'opéra s'est levée et a atteint une octave élevée, le premier réflexe de Caroline a été de protéger les oreilles de son bébé. " Andrea en sourit et ajoute qu'elle n'est pas encore prête à avoir des enfants.
Je ne me sens pas encore totalement satisfaite. Je ne suis pas mariée. Je ne veux me marier que lorsque je serai sûre de rester avec la personne toute ma vie. J'aurais besoin de savoir si nous allons sérieusement tous les deux dans la même direction. Je n'en suis pas encore arrivée à cette étape. Mais, je le veux, ça c'est sûr. "
Depuis ses débuts avec les Corrs, elle ne connaît pas les conventions. A vingt-neuf ans, elle ne pense pas qu'elle « voudrai[t] d'une vie conventionnelle ou que je pourrais probablement l'accepter. Je n'arrive pas à m'imaginer vivre toujours au même endroit. Pour moi, la vie c'est l'aventure. »
Andrea a grandi dans une famille solide à Dundalk. Elle nous donne un aperçu rapide de son enfance : les discothèques en ville, puis le thé et les toasts (ou « l'orteil et la tétine », comme elle l'appelle) avec les amis dans la cuisine familiale.
Lorsqu'elle était adolescente, Andrea avait des posters de Prince sur les murs de sa chambre. Son père, Gerry Corr, décida de les confisquer après avoir entendu Andrea chanter les paroles de Darling Nikki :
« Je connaissais une fille appelée Nikki/On peut dire que c'était une satyre./Je l'ai rencontrée dans un hall d'hôtel/Elle se masturbait avec un magazine./Elle m'a demandé si j'aimerais perdre un peu de temps/Et je n'ai pas pu résister. »
« Je ne savais pas ce que je chantais, nous dit Andrea en rigolant. Mais, à l'expression sur le visage de mon père, j'imagine qu'il a dû penser que sa jeune fille était en train de se transformer en une autre Régine de l'Exorciste ! Il a immédiatement confisqué tous mes disques de Prince. » Elle n'a plus jamais chanté Little Nikki chez elle.
Andrea, 1m58 sans chaussures, chante maintenant ses propres chansons. Elle va prendre l'avion pour Los Angeles dans la matinée pour commencer à enregistrer la suite tant attendue de In Blue, prévue pour mars 2004.
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Andrea admire l'homme qui a passé 30 ans de sa vie en prison à cause de ses convictions et qui a gagné le Prix Nobel pour avoir conduit l'Afrique du Sud à la démocratie multiraciale en 1994. « Pour moi, Mandela est un personnage dominant à tous les niveaux. Le simple fait de le rencontrer était incroyable, dit-elle. Je ne peux pas trouver les mots qui conviennent. Il est des plus normal et charmant ; il est merveilleux. J'en étais émue au point de pleurer. »
Lorsqu'elle n'est pas en studio ou qu'elle ne voyage pas pour assister à des soirées d'anniversaire en Afrique du Sud, Andrea peint et fait des esquisses. Les résultats sont, selon elle, plutôt désastreux : « J'ai essayé de faire mon propre portrait à plusieurs reprises. Les résultats étaient étranges. Je n'arrive pas à me représenter vraiment bien. J'ai fait beaucoup de portraits de Jim, au piano. J'ai bien réussi papa. »
Cette jeune femme n'est pas simplement la déesse celtique que l'on voit sur Top of the Pops ou MTV. Ses films préférés sont Midnight Cowboy, Dernier Tango à Paris et Leaving Las Vegas. L'auteur qu'elle préfère, c'est Fyodor Dostoevsky et le livre qu'elle retirerait des flammes au péril de sa vie, c'est Crime et Châtiment, la méditation de Dostoevsky sur la culpabilité et le châtiment. Elle l'a lu plusieurs fois : « Parfois, lorsque j'arrive à la fin, je veux tout simplement recommencer à lire. »
Il y a sûrement des fois où Andrea ne peut croire à tout ce succès. Elle doit sans doute ne pas le prendre au pied de la lettre. Sa normalité non équivoque (elle ne se prend pas au sérieux et elle est modeste) va à l'encontre de l'égocentrisme vénal de l'industrie dans laquelle elle fait sa carrière.
Depuis ma première rencontre avec les Corrs en 1997, j'ai retrouvé Andrea, son frère et ses soeurs aux Etats-Unis, en Grande Bretagne et en Suède. Andrea a toujours la tête sur les épaules et les pieds sur terre. Elle représente l'anti-diva. J'attends toujours de la voir piquer une colère ou de s'énerver, mais cela n'arrive jamais.
Je me souviens d'une nuit particulièrement arrosée avec les Corrs à Stockholm lors du froid hiver 2000. Le jour se levait. Après avoir consommé l'équivalent de leur poids en alcool, aucun des membres du groupe n'était allé se coucher, et leurs yeux n'étaient pas plus ouverts que des fentes. Nous étions tous affalés dans la salle d'embarquement de l'aéroport. Pour nous remettre les idées en place, Jim nous a offert une tournée d'Absolut vodka.
Effondrée dans un coin sur un fauteuil, Caroline essayait de dormir. Je tentais de l'imiter sous une table lorsque Andrea s'est approchée de moi, avec un regard malicieux.
" Assieds-toi ! me dit-elle. " J'ai protesté que je ne pouvais pas, sinon je serais malade. Elle s'est mise à chanter : " Je ne peux pas m'asseoir si je dois vivre sans toi, actualisant ainsi la chanson Without You de Harry Nilsson. " Bientôt, me voilà en train de chanter en duo avec Andrea Corr : Je ne peux plus m'asseoir !
Au moment où nous allions monter à bord de l'avion, je lui ai dit que j'avais peur de le prendre. Elle m'a répondu : " Quand c'est ton heure, c'est ton heure. Et puis, c'est plus sympa là-haut. "
Où ça ?
" Dans l'autre monde ? "
A 9000 mètres d'altitude ?
" Beaucoup plus haut que ça. "
Le paradis ?
" Ouais, c'est bien là-haut. Alors, ne t'inquiète pas. "
Pour le moment, Andrea Corr n'a aucune inquiétude à avoir. Elle peut prendre tout ce que la vie lui donne. Elle fait plus que savourer les défis d'un nouveau disque des Corrs. Elle affirme que le groupe est déterminé à ne pas répondre aux attentes commerciales.
" Mon idée de la vie, vraiment, c'est qu'on ne devrait jamais faire des choses faciles. Ne faites pas quelque chose à moins que vous soyez terrifiés à l'idée de ne pas réussir sinon, vous ne faites pas ce qu'il faut. Bien sûr, c'est intimidant, ajoute-t-elle.
J'ai un grand respect pour la musique et l'industrie musicale. Je veux en être digne. C'est intimidant de s'approcher comme ça parce que c'est une autre étape. On n'est jamais à l'aise, et ça devrait toujours être ainsi.
Ma musique fait vraiment partie de moi, ajoute-t-elle. Elle a façonné ma vie. "
Est-ce qu'elle a des regrets ?
" En fait, je ne crois pas aux regrets. "
Elle ne devrait pas. Andrea Corr, tu es formidable.